Hadopi, c’est maintenant!

Ca y est. La présidence de Nicolas Sarkozy n’est plus. La paix va revenir sur Internet, Hadopi va tomber. Le nouveau souverain l’a dit : le changement, c’est maintenant. C’est pourquoi la Haute autorité va elle aussi changer.

C’est un mot bien pratique, « changement ». Il n’implique pas une amélioration, il n’implique pas une évolution, il implique simplement que les choses vont changer. Et surtout que des gens, des vivants, des organiques, des citoyens en bref vont devoir mettre en œuvre ce changement.

Elle est là la quenelle. Qui s’en chargera ? Pour l’instant, une commission de concertation se met en place, encadrée par un responsable.

Le président de la République a choisi, ce sera Pierre Lescure, ancien patron de Canal +, connu pour être un « modéré » concernant la chasse au partage d’œuvres culturelles en ligne. Modéré ou pas, on peut reprocher à François Hollande de ne pas avoir choisi pour cette tâche un vrai spécialiste, et surtout quelqu’un de moins impliqué dans l’industrie culturelle. Quelqu’un, par exemple, qui ne serait pas membre du conseil de surveillance de Lagardère, ou impliqué dans l’industrie du bridage.

Des spécialistes en France il y en a. Ne serait-ce que la Quadrature du Net, cette organisation de défense des droits des internautes qui a pris position très tôt contre Hadopi et ses dérives, réelles ou potentielles. Ce sont eux qui ont lancé l’opération Black-out HADOPI, suivie par plus de 2 millions de pages du web hexagonal.

Mais voilà, en France, les élus ne font pas confiance aux spécialistes mais aux lobbys de l’Industrie du disque. Ils font confiance à des gens baignant en plein dans le conflit d’intérêt. Peut-on donc se permettre de douter de l’objectivité de ces conseillers ? Peut-on imaginer qu’il s’agisse de concurrence déloyale ?

Lorsque des employés de la haute autorité sortent des rapports bidonnés et incomplets pour démontrer l’efficacité de leur œuvre, le représentant tombe dans le panneau, bêtement.

Lorsqu’Hadopi annonce au législateur qu’effectivement, la politique en place depuis plusieurs années pour enrayer le partage d’œuvres culturelles en ligne est efficace, que le Peer-to-Peer recule et que, par-dessus le marché, la fermeture de Megaupload a également été bénéfique, on a envie de leur dire d’aller se faire voir chez les grecs. Bon, on évite, parce que la Grèce est déjà dans la merde et qu’elle n’a pas besoin d’héberger nos blaireaux. Mais on y pense très fort.

Reprenons depuis le début. Pour télécharger, il y a le peer-to-peer et le direct download. Au début, on utilisait Napster, Kazaa, Emule, Limewire, tout cela c’était du peer-to-peer, comprendre par-là que l’on télécharge directement d’utilisateur à utilisateur, depuis de nombreuses sources. Puis est arrivée Hadopi, et une grosse campagne médiatique pour vendre de la peur dans les chaumières et décourager les internautes de télécharger, leur expliquant que des centaines de « pirates » seraient attrapés chaque jour.

Face à cette crainte de se faire attraper en téléchargeant en peer-to-peer, de nombreux utilisateurs se sont tournés vers le direct download, et son fer de lance Megaupload. Vous voyez où je veux en venir ? Les sites de direct download ne seraient jamais devenus aussi puissants si le législateur n’avait pas fait la chasse au peer-to-peer, sous l’influence des dealers de copyrights (entendre par là les lobbys de l’industrie du disque, en particulier).

En théorie, télécharger via direct download, c’est tuer Internet à petit feu. Mais dans les faits, de nombreuses œuvres n’étaient pas disponibles (ou très peu seedés) sur les réseaux P2P et il était souvent utile de télécharger via Megaupload. En plus de ça, il suffisait d’attendre une minute pour pouvoir utiliser ce service gratuitement et même les offres payantes étaient plutôt réglos. En bref, Megaupload était un moindre mal.

En revanche, depuis que le FBI a décidé d’arrêter les employés du site et de censurer ce dernier avant même le début du procès, on a vu débarquer une tonne et demi de sites de merde, des sites de direct download qui profitent de manière éhontée de leur position, faisant attendre jusqu’à 600 secondes pour certains pour pouvoir télécharger gratuitement, proposant des offres hors de prix…

Là où Megaupload centralisait une bonne partie du direct download, avec des prix presque honnêtes et des conditions acceptables pour utiliser gratuitement le service, ses remplaçants profitent de leur position sans être inquiétés dans la mesure où leur multitude fait leur force. Le FBI n’a pas tué le téléchargement en arrêtant Megaupload, il s’est compliqué lui-même la tâche et a permis à de nombreux opportunistes de se partager la part de gâteau laissée par Megaupload. Des leaders d’opinion ont à l’époque applaudi la censure de Megaupload, démontrant qu’ils ne comprenaient rien à Internet. Et ce sont, encore, les utilisateurs qui se font pigeonner.

Revenons-en à Pierre Lescure. Le problème, à la limite, ce n’est même pas le conflit d’intérêt. La Vème République on la connaît, ça fonctionne comme ça. Copinage, Lobbyisme, Jeux d’influence, Thunes… Le vrai problème, c’est que les spécialistes ne sont pas écoutés. Si Hollande veut faire les choses bien, qu’il prenne en compte les avis des Internautes, d’organisations comme la Quadrature, de mouvements comme Anonymous ou Telecomix. En bref, qu’il écoute ceux qui construisent Internet jour après jour au lieu de donner trop de poids à ceux qui le musèlent.

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