Décryptage : Pierre « Novlang » Lescure

Pierre Lescure dirige la commission de concertation concernant l’avenir d’Hadopi. Décryptage de cette interview dont vous apprécierez l’élégance de l’adresse.

lundi 3 septembre 2012

Pierre Lescure : « Le débat public est l’occasion de faire de la pédagogie »

Chargée par le Président de la République de mettre en œuvre l’acte II de l’exception culturelle, la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, a mandaté Pierre Lescure, ancien PDG de Canal+ et directeur du Théâtre Marigny, pour réaliser une large « concertation » et faire des « préconisations » sur le numérique. Résultats le 31 mars 2013.

Le 9 août, Aurélie Filippetti vous a confié une mission sur « la politique culturelle à l’ère du numérique ». Pourquoi le périmètre est-il aussi large ? ← Pour être le moins clair possible

Pierre Lescure – En lançant cette réflexion, le gouvernement n’entend pas se contenter de mettre l’accent sur tel ou tel aspect de notre dispositif d’encadrement des biens culturels sur Internet ← Entendre par là la série de loi anti-partage votée ces dernières années profitant principalement aux majors de l’Industrie culturelle, par exemple la répression du téléchargement illégal ← Détruire le gratuit ou le renforcement de l’offre légale ← pour imposer le payant. Evidemment cruciaux l’un comme l’autre ← Cruciaux pour protéger les intérêts des Majors, ces deux points pris isolément n’ont pas permis de répondre de façon satisfaisante ← Ca c’est vrai aux enjeux globaux du numérique ← comme l’accès à la culture pour tous.

C’est pourquoi l’ambition du gouvernement est beaucoup plus large : il veut repenser l’ensemble des rapports entre les différents « acteurs » de la filière numérique, créateurs, ayant-droit, hébergeurs, industries créatives, usagers ← Libristes ? Associations de consommateurs ? Lobbys citoyens ? … C’est à ce prix seulement qu’on pourra imaginer un acte II de l’exception culturelle qui permettra à la France de continuer à avoir une offre aussi abondante de films de qualité ← Des films de qualité, comme Astérix aux jeux olympiques, une diversité musicale ← Pour ça y’a Internet , une production audiovisuelle suffisante ← Eteignez la télé , sans oublier l’ensemble de l’édition littéraire et des journaux qui ont fait un effort notable d’adaptation en direction du Net. ← Appliquer le modèle de la presse écrite à Internet

Comment comptez-vous procéder ?

Pierre Lescure – Dès le lancement de la mission, nous allons dresser un constat des différents enjeux, mais aussi intérêts de toutes les parties, de la façon la plus objective possible. Ce sera une mise à plat de toutes les « lectures » possibles de la situation, sans aucune exclusive : les tenants de la licence globale y rencontreront les hébergeurs et les ayant-droits ← Il présente les deux parties qu’il désire présenter, aka les deux solutions qui arrangent en haut lieu, sans présenter les vraies alternatives comme le mécénat global. A partir de là, le véritable débat contradictoire pourra avoir lieu ← Et en plus il retente de nous enfumer derrière. Si les deux solutions sont proposées par le même cercle d’influence le débat contradictoire ne peut avoir lieu, c’est du flan.

L’objectif est que chacun puisse entendre, écouter, comprendre, la position de l’autre, de sorte qu’on puisse aboutir, en ce qui concerne les préconisations d’évolutions conventionnelle, réglementaire, voire législative, à un consensus sur deux ou trois points ← Là on sort une phrase relou histoire de ne pas dire « On va essayer de se mettre d’accord sur une loi qui protège les intérêts de tous mes potes». Simplement – et c’est là, j’insiste, la condition essentielle de ce dialogue – il faut que ce soit un consensus dur, c’est-à-dire où toutes les parties auront apporté quelque chose. ← Dans quelles proportions ?

Aujourd’hui, avant le début des auditions, quelles sont vos convictions personnelles ?

Pierre Lescure – Je vais utiliser une image. A titre personnel, il me semble qu’il faudra toujours des radars qui contrôlent les flux de circulation sur l’autoroute ← « C’est vrai que depuis la nuit des temps et partout, il y a des radars au bord des autoroutes, comment pourrait-on s’en passer ? » wtf. Encore faut-il, préliminaire indispensable, développer l’autoroute… ← L’autoroute est déjà construite, la première 8 voies s’appelait Napster S’il n’y a plus d’autoroute – c’est-à-dire de création ← plus forte que jamais – les radars deviendront inutiles ← ET Là il est honnête. Il avoue avoir peur de voir son industrie disparaître. C’est lui le radar, son entreprise Kudelski, l’institution publique qu’il doit réformer, financé par les contribuables pour fliquer Internet.

Pour autant, à l’heure de la télé connectée ← On n’est pas à l’heure de la télé connectée on est à l’heure d’Internet. Kudelski, en revanche, bosse pour la télé connectée j’ai moi aussi, comme tous les gamins, envie d’instantanéité et d’universalité. Il faut donc trouver des solutions différentes, complémentaires par rapport à tout ce qui existe. Instantanéité, EDL à la mode

Vous insistez particulièrement sur les vertus du débat public. Qu’en attendez-vous concrètement ?

Pierre Lescure – L’occasion de faire de la pédagogie, notamment ← Ouuh la Pédagogie. Pierre Lescure qui croit devoir nous éduquer sur la manière dont on doit utiliser Internet alors qu’il n’y fout de toute évidence pas les pieds.. Prenons un exemple. Quand le site de téléchargement MegaUpload a été démantelé, ses utilisateurs ont été doublement frustrés. D’abord, c’est évident, parce qu’ils ne pouvaient plus télécharger les films ou musiques comme ils le voulaient. Ensuite – c’est là où je voulais en venir ← On se doute bien que ce qui t’intéresse c’est plus les thunes que la frustration des pirates – parce qu’ils se sont aperçus que les quelques dollars qu’il fallait débourser (car il fallait en débourser pour pouvoir se rendre sur ce site de téléchargement qui s’affichait comme gratuit) ← noob spotted, MU n’est pas forcément payant je ne vais pas vous l’apprendre , allaient directement remplir les poches de son initiateur, rien pour les créateurs et les ayant-droits et donc finalement aux dépens des usagers eux-mêmes. C’est un exemple édifiant. ← Bon là c’est n’imp de A à Z. Ma version : avant MegaUpload il y avait le peer-to-peer, Napster, Kazaa, Emule, Limewire etc… Tout le monde allait dessus. Hadopi est arrivé, les gens ont pris peur, beaucoup ont arrêté d’utiliser le peer-to-peer pour utiliser des services pas plus discrets mais plus lucratifs comme MegaUpload. Sans Hadopi il n’y aurait pas eu MegaUpload. Juste davantage de peer-to-peer. Faire passer l’offre payante comme une compensation à la perte de MegaUpload.. Faut pas se foutre de la gueule du monde M’sieur Lescure.

Une autre des innovations de votre mission concerne la place des usagers d’Internet.

Pierre Lescure – Elle est déterminante, et a été, selon moi, insuffisamment prise en charge au cours des chapitres précédents du traitement d’Internet. ← Vrai Avec nous, elle aura voix au chapitre. Je pense notamment à des associations comme « La Quadrature du Net ». Mais nous en auditionnerons bien d’autres. ← Bon là je dis rien pour l’instant on verra bien

Dans sa lettre de mission, Aurélie Filippetti insiste sur la dimension « internationale » et « européenne » que devra avoir vos travaux.

Au moment où il s’agira de présenter le fruit de notre réflexion devant la Commission de Bruxelles, il est évident qu’une convergence de vues avec l’Allemagne, par exemple, sera très utile. Les solutions avancées par nos voisin d’Outre-Rhin pour la défense des biens culturels sur Internet sont très intéressantes, différentes des nôtres et peuvent être complémentaires. ← Comme le Chaos Computer Club ? Nous dialoguerons aussi avec les Etats-Unis. ← Toujours FBI/RIAA/MPAA/etc etc… On a déjà vu le volet répressif de leur action avec le démantèlement de MegaUpload. Mais d’autres projets sont dans les tuyaux, comme me l’ont confirmé plusieurs sources : ils concernent cette fois des solutions beaucoup plus dynamiques et offensives ← entendre par là « autoritaires et liberticides »

Propos recueillis par Paul-Henri Doro

Source : magazine du ministère de la Culture et de la Communication, n°204, septembre 2012

Annexes :

Coup de projo

Une fois n’est pas coutume, changeons un peu de ton. Dans cet article pas de coup de gueule, je me contenterais de vous présenter des trouvailles intéressantes dans plusieurs domaines. De quoi faire passer le temps cet été en somme.

Tout d’abord un jeu. From Dust, d’UbiSoft Montpellier, un petit bijou pour amateur de god-games conçu par un ancien du jeu vidéo français, Eric Chahi (à qui l’on doit des jeux sur Atari et Amiga). En gros, il faut penser ce jeu comme un Lemmings moderne où l’on joue sur la matière (eau/sable/lave/arbres). Le joueur est le Dieu d’une tribu ancestrale qui doit traverser une série d’îles. Chaque île possède plusieurs obélisques pouvant être transformés en villages et possédant pour la plupart un sort qui a de la gueule, comme « figer l’eau » ou « déverser terre ». Par exemple, il est possible de déverser de la terre sur un obélisque submergée, puis d’ouvrir un chemin dans l’eau à la Moïse pour permettre à votre tribu d’aller construire un village sur l’île que vous venez de créer. Ajoutez à cette liberté créatrice une ligne artistique raffinée et très travaillée et un gameplay intuitif, et vous avez From Dust. Ce jeu est disponible en version d’essai gratuite via le navigateur Google Chrome.

Maintenant qu’on a bien joué on peut passer aux choses sérieuses. Et là j’ai un truc pas mal : une série de conférences pour tous publics (ça dépend des confs) qui datent de Pas Sage En Seine, un festival de hacking qui s’est déroulé à Paris mi-Juin et qui, en plus de rassembler des gros noms du milieu, a permis aux néophytes de quitter les sentiers battus du web pour mettre un pied dans le grand bain. Pour les vidéos de la conf c’est ici . Vous y trouverez des notables comme Benjamin Bayart, président du French Data Network , le plus gros Fournisseur d’accès à Internet associatif français, Tristan Niot, fondateur de Mozilla, la famille Reflets avec Olivier Laurelli aka Bluetouff et Yovan Menkevic, mais aussi Khéops, agent Telecomix très impliqué dans l’opSyria que vous avez déjà pu repérer à la télévision dans le Grand Webze de France 5 ou dans le documentaire « Traqués » de Canal +.

Enfin, petit coup de projo sur vk. Mes lecteurs sont nombreux à ne pas tellement aimer les réseaux sociaux. Pour moi ce n’est pas le grand Sheitan, notamment depuis que j’ai découvert vkontakte.ru. Dites-vous que VK, c’est le Facebook Russe, c’est-à-dire que le site ne s’amuse pas à analyser vos habitudes pour vendre ces infos aux annonceurs les plus offrants. Dites-vous qu’en plus de ça il est possible d’écouter à peu près toutes les chansons qui existent et de les ajouter à sa playlist, ainsi que de les télécharger via un plugin (VKontakte tools, disponible sur la plupart des navigateurs). Pour l’instant, 80% (estimation perso) des utilisateurs sont russes mais ne vous y trompez pas : VK est un sérieux concurrent pour Facebook et ce partout dans le monde. Pour ceux qui décident de s’y inscrire, sachez qu’on s’enregistre avec son numéro de téléphone. Pour vous logger, rappelez-vous qu’il faut noter votre numéro international (Donc pas de 068533… mais 3368533…). Pour m’ajouter, c’est par ici.

Trois thèmes différents pour profiter de son ordinateur cet été, s’informer, s’amuser et prendre une longueur d’avance sur les réseaux sociaux. Sur ce, bonnes vacances et rappelez-vous : éteignez votre télé.

CETA, ACTA, mêmes mots même combat

ACTA est enterré. C’était la bonne nouvelle du 4 Juillet 2012 pour la Démocratie. Avant d’aller plus loin, rappelons ce que les citoyens reprochaient à ce traité . Tout d’abord son mode d’élaboration : rédigé hors de tout cadre démocratique, dans le plus grand secret et loin du parlement, ce traité international devait interdire les médicaments génériques et renforcer la lutte contre le partage en ligne. Si ACTA était passé il aurait été interdit, par exemple, de diffuser une vidéo sur laquelle on entend un contenu protégé par droit d’auteur en fond sonore (comme cette vidéo de votre dernière soirée où les enceintes crachent un vieux tube de K-Maro).

Plus généralement, ce qu’Internet reprochait à l’ACTA, c’est que le Traité forçait votre fournisseur d’accès à Internet (Numéricable, Orange, Free, …) à analyser et enregistrer L’ENSEMBLE de vos communications sur Internet pour vérifier que vous ne partagiez AUCUN contenu protégé. En d’autres termes, il sacrifiait votre vie privée (en particulier si vous utilisez les réseaux sociaux) pour protéger le copyright, lequel profitant finalement davantage aux majors qu’aux artistes. Tout cela au nom de la « Lutte contre la contrefaçon ».

Premièrement, ce n’est pas de la contrefaçon. La contrefaçon est une imitation, le téléchargement une copie exacte. Ce n’est pas un vol non plus car le fichier original reste où il est. Mais revenons-en à la contrefaçon au travers d’un exemple : le croissant au beurre. C’est français ça le croissant au beurre, c’est une spécialité et ça a toujours été là. Ben non justement. Le croissant au beurre a été importé par deux boulangers autrichiens, puis contrefait par les boulangers parisiens pour en arriver au résultat que l’on connaît sans que personne ne se plaigne. N’en déplaise à la nébuleuse de lobbys qui gravitent autour du copyright, les campagnes de communication ne suffisent pas à faire de la « lutte contre la contrefaçon » une noble cause légitime, comme elles ne suffisent pas à faire du « sale pirate qui télécharge des séries terroristes et qui vole de la musique pédonazi» l’ennemi public n° 1.

Bref, ACTA a été développé en secret pour à terme enfumer discrètement le parlement en lui faisant voter sans qu’il ne s’en rende vraiment compte des lois liberticides pour les internautes afin de garantir les intérêts économiques des leaders de l’industrie culturelle et pharmaceutique, en particulier. On n’en aurait jamais entendu parler si les infos n’avaient pas fuité, et tout est disponible aujourd’hui pour tous les internautes grâce notamment à l’énorme travail fourni sur ce dossier par la Quadrature du net. Cela a permis aux citoyens d’informer leurs représentants (par téléphone notamment) des risques réels d’ACTA, finalement humilié au Parlement Européen (seuls 39 eurodéputés ont voté pour, dont Brice Hortefeux et Rachida Dati, qui dit s’être trompé de bouton mais justifie quand même son vote sur son blog).

Le 10 Juillet, c’est à nouveau la Quadrature qui tire la sonnette d’alarme. Les lobbys n’ont pas compris, ils reviennent à la charge en se disant qu’Internet va se lasser et que leur texte va passer. Pour faire simple, CETA est un nouveau traité qui reprend les pires passages d’ACTA (soit tout de même une vingtaine d’article), les mélange, rajoute quelques bricoles et change deux lettres dans le nom. Si ça c’est pas du foutage de gueule… Une insulte à la Démocratie, un « J’en ai rien à foutre de votre avis » lancé à l’Internaute et à l’Eurodéputé.

Comme le fait remarquer pcinpact, si les deux textes se ressemblent tant c’est qu’il y a les mêmes plumes. A savoir la Commission Européenne, qui n’est même pas élue par les citoyens mais qui se permet d’accepter des traités liberticides au nom de l’ensemble de l’Union Européenne.

On récapitule. Des mecs qui ne sont pas élus ont essayé de faire passer discrètement un traité liberticide qui bouleverserait les habitudes en lignes de centaines de millions d’Européens. Electeurs et représentants se sont mobilisés pour empêcher que ce traité soit validé et l’ont emporté, mais les mecs qui à l’origine avaient tenté de nous enfumer retentent le coup avec un nouveau traité qui ressemble comme deux gouttes d’eau au premier. CETA est développé de manière anti-démocratique, et imposerait des lois liberticides sur le plan politique et économique. A mes yeux, CETA c’est aussi de la concurrence déloyale. A mes yeux c’est une preuve de mépris à l’égard des citoyens, une insulte à notre attention et à notre intelligence, une tentative de passage en force. A mes yeux c’est surréaliste.

Si la Commission veut du boulot, qu’elle s’attaque au problème de l’énergie, à l’asservissement par la dette ou à la concurrence déloyale, justement, à la régulation des marchés financiers, bref qu’elle prenne conscience que son domaine de compétence a des limites et qu’elle doit écouter des spécialistes, nombreux à avoir donné leur avis comme l’a démontré le blackout du 18 Janvier 2012. Je suis persuadé que la commission est largement capable d’améliorer les choses dans bien des domaines.

Mais concernant Internet, le partage, la libre-communication et le respect de la vie privée, autrement dit tous ces concepts qui semblent si obscurs et nouveaux pour elle, la commission doit rentrer dans le rang et arrêter de foutre la merde. CETA ne passera pas, c’est fini ce temps-là, quand il suffisait de retenter le coup jusqu’à ce que l’opposition se lasse. Moi en tout cas, j’ai décidé que je ne me lasserais pas et heureusement je suis loin d’être le seul.

Pendant ce temps en Syrie

Dans la vie, parfois il y a des évènements tristes qu’on peut choisir d’ignorer. Ils sont parfois dus à des injustices flagrantes, à des décisions qui n’ont pas lieu d’être prises, à l’aveuglement idéologique des puissants ou à leur immobilisme, parfois il n’y a pas d’explication. Mais parfois nous disposons de suffisamment d’informations pour voir les choses telles qu’elles sont. Il suffit de les chercher.

Pour comprendre la situation en Syrie, il faut remonter au moins jusqu’au 17 décembre 2010. Ce jour-là, dans la ville tunisienne de Sidi Bouzid, un vendeur ambulant tunisien du nom de Mohammed Bouazizi se fait une fois de plus confisquer son matériel de travail : une charrette et une balance, et gifler par l’un des agents de police. Il tente le même jour de se plaindre à la Mairie, puis au gouvernorat. Face au désintérêt total de ces institutions, désespéré, il s’immole par le feu devant le gouvernorat. Il aurait déclaré préférer « mourir que vivre dans la misère ».

Cet évènement fut l’étincelle qui déclencha le printemps arabe. Face aux manifestations pacifiques Ben Ali tombe, puis Moubarak. Puis vient le temps de la Libye, de son pétrole, de son matos de censure et de traque des opposants politiques vendu par une boîte française . Concernant la Libye, sachez que le film « Le Serment de Tobrouk » de Bernard Henry Lévi est un grossier tissu de mensonges propagandiste et je pèse mes mots. On se croirait revenu en ex-URSS. J’y reviendrais peut-être dans un futur post mais svp si vous voulez vraiment voir ce film, ne payez pas un kopek. Si vous voulez un docu , « Traqués », diffusé sur Canal + est un bel exemple d’investigation.

Revenons-en au printemps arabe. Celui-ci se développe dans tout le monde arabe, loin des caméras des groupes de presse occidentaux, au Yémen, en Syrie, dans toute l’Afrique du Nord, il a même des répercussions en Europe avec les Indignados et aux Etats-Unis avec le mouvement Occupy. Les imbrications entre occident et Monde Arabe sont nombreuses et se dévoilent au fur-et-à-mesure que la Révolution évolue. Notamment entre les gouvernements autoritaires et les entreprises privées.

Certaines d’entre elles, répertoriées par Wikileaks dans ses fameux spyfiles, ont vendu à Bachar El-Assad un système sophistiqué de surveillance des réseaux. Cela permet au gouvernement de repérer sur les réseaux les opposants politiques afin de les faire arrêter, torturer ou tuer. Officiellement ce « produit » sert à repérer les pédophiles et les terroristes. Aujourd’hui en Syrie, les terroristes sont ceux qui révèlent au monde la Corruption de leur régime, la Répression meurtrière qui a déjà enlevé la vie à des milliers d’enfants et à au moins 13 000 manifestants. Rappelons-nous que ceux-ci, comme en Libye, en Egypte ou en Syrie, procèdent de manière pacifique. Ce sont des familles, des étudiants, des médecins, des chômeurs, des ingénieurs, des civils en somme. Pas des terroristes.

Leurs seules armes sont des appareils photo, des caméras, des webcams, des mots, tous ces outils qui leur permettent de capturer des preuves de la dureté de la répression. Ils partagent ensuite cela sur Internet, en espérant attirer l’attention des occidentaux, pour qu’eux attirent l’attention des médias, qui enfin attireront l’attention des politiciens, forcés par la Démocratie de répondre aux attentes des citoyens qu’ils disent représenter. Le meilleur allié des peuples arabes, c’est Internet, et donc les Internautes. Voilà pourquoi il est important de relayer l’information, même à petite échelle. A ceux qui ne croient pas « qu’un like peut renverser un dictateur » (sob) qu’ils demandent à Moubarak, à Ben Ali, à Kadhafi, à Saleh ce qu’Internet a fait pour eux.

Le nerf de la révolution est donc l’information, d’où l’importance de relayer. Mais le gouvernement syrien dispose de deux armes pour la contrer, en plus des armes à feu et des assassinats. La propagande, classique, on brouille les pistes dans les grands médias et on attend que les grands médias étrangers relayent comme des moutons sans vérifier leurs sources. Puis il y a la censure (cf BlueCoat, qui compte Assad parmi ses clients).

Heureusement pour le peuple syrien, le monde est plein de gens plus doués en informatique que le sont les militaires syriens. Telecomix par exemple, Reflets, FHIMT. Ceux-ci sont en première ligne sur Internet pour aider les syriens à se protéger de la surveillance gouvernementale, pour les aider à contourner la censure et à diffuser leurs images et leurs mots aux habitants du monde qui ont la chance de ne pas vivre sous la censure.

Maintenant que le cadre est posé, entrons dans le vif du sujet. Parmi les nombreux massacres, certains ont fini par attirer l’attention des puissances internationales. Le Vendredi 25 mai 2012, dans la ville de Houla, 108 syriens dont des bébés sont tués par l’Armée. En conséquence, des révolutionnaires s’arment et rejoignent la FSA (Free Syrian Army). La contestation se radicalise partiellement. Dans la nuit du mardi 6 au mercredi 7 juin, 78 villageois de Qubeir sont également massacrés par l’Armée.

Aujourd’hui, jeudi 7 Juin 2012, avait lieu une Assemblée générale des Nations Unies et, une fois n’est pas coutume, la Syrie était au cœur des discussions. Un émissaire de Bachar el Assad, Bachar Jaafari était envoyé pour s’expliquer devant les Nations Unies.

Vous constaterez qu’il commence par condamner, au nom de son gouvernement, le massacre d’Houla pourtant perpétré par l’Armée dirigée par ce même gouvernement. Il émet ensuite l’hypothèse qu’une troisième partie pourrait être en place en Syrie. En d’autres termes, que les massacres sont dus à une mystérieuse organisation anti-ONU qui commet des attentats suicide ou des massacres à chaque fois que l’ONU traite du cas Syrien.

« Un point important, messieurs : vous-vous souviendrez peut-être que chaque fois que le Conseil de Sécurité avait prévu une session pour discuter de la crise syrienne, quelque chose devait se produire en Syrie. Ou un attentat-suicide, ou une attaque terroriste, ou une forme de massacre, celle dont, malheureusement, nous discutons aujourd’hui. Donc, ce n’est pas une coïncidence fortuite que ce massacre ait eu lieu seulement un jour avant l’arrivée de M. Kofi Annan en Syrie. »

Un bobard qui sonne comme une menace aux Nations Unies. Il nous sort même le bon vieux spectre d’Al Qaeda infiltré en Syrie, toujours pratique pour justifier la répression aux yeux des peuples occidentaux.

Kofi Annan, ex-secrétaire général des Nations Unies, joue un rôle important. Envoyé spécial des Nations-Unies en Syrie, il est l’artisan d’un plan de pacification ayant imposé un cessez-le-feu peu respecté depuis le 10 Avril. Il a écrit une lettre importante aux Nations Unies, préalablement à l’AG d’aujourd’hui où il affirme que le plan de pacification en place est ignoré par le régime.

Des observateurs des nations unies ont également été envoyés en Syrie pour constater les massacres, mais encadrés par l’Armée Syrienne ils ne peuvent voir que la partie émergée de l’iceberg. Aujourd’hui, alors qu’ils étaient en route vers la ville de Qubeir pour constater, cette fois, un massacre, les observateurs sont tombés dans une embuscade.

Aujourd’hui également, la Chine, la Russie et quatre pays d’Asie Centrale se sont opposés à une intervention armée en Syrie.

Face à la brutalité de la répression syrienne et aux intérêts économiques des grandes puissances, le peuple syrien dispose de caméras et d’appareils photos, mais une partie des révolutionnaires ont aujourd’hui choisi des armes plus radicales. Nous, internautes, avons le pouvoir d’aider les syriens, de relayer l’information, de contribuer même à petite échelle pour forcer nos dirigeants à augmenter la pression sur le régime de Bachar el Assad pour trouver une solution diplomatique, bien qu’après tant d’horreurs et de sang versé il paraît évident que les dirigeants syriens devront, à terme, choisir entre la mort, l’exil et la prison.

Rapport de Campagne

La « course à la Présidence de la République Française ». Ça a de la gueule. Je ne chercherais pas ici à créer un débat politique, mais à débriefer des stratégies de campagne mises en œuvre par les candidats, et à anticiper la suite des évènements en matière de guerre d’influence et de querelle d’égo au sein des partis.

Avant c’était un panier de crabe. Aujourd’hui c’est vraiment n’imp’. Tour d’horizon parti par parti.

Parti Socialiste

Ça bouge un peu, ça se recadre, ça se contacte, on cherche à attribuer tous les nouveaux postes disponibles. Très peu de communication du parti, et tant mieux car il n’en est pas question en ce moment. Au PS on espère que le « ticket présidentiel » ne sera pas périmé et que, comme d’habitude depuis l’instauration du quinquennat, le président entrant aura la majorité à l’Assemblée. Une campagne législative très discrète sur les réseaux sociaux, avec des affiches IRL partageant souvent le même modèle, en bref on cherche à donner l’image d’un parti actif soudé autour du Président. Et qu’on attend déjà au tournant

Union pour un Mouvement Populaire

Pour le coup, à l’UMP, ça bouge. Hier c’était simple : il y avait des dissidents, mais aucun n’a osé s’opposer ouvertement et durablement à Nicolas Sarkozy. Celui-ci parvenait à sa manière à fédérer autour de lui. Mais maintenant qu’il s’est retiré (temporairement ou définitivement) de la vie politique, l’UMP cherche un nouveau berger. Et là ça se divise.

Jean-François Copé se voit déjà président en 2017, il représente la mouvance élitiste/parisienne du parti et il a une vision guerrière du débat démocratique comme le laisse entendre son champ lexical. Lui qui rêve d’être calife à la place du calife depuis pas mal d’années maintenant se retrouve confronté dans son propre camp à deux principaux bonshommes. François Fillon, d’abord, davantage social-démocrate que corporatiste-conservateur, peut se targuer d’une expérience en matière de politique. Enfance de bad-boy, moins grande gueule, gay-friendly , on lui prête moins de casseroles… Il devrait pouvoir s’imposer face à Jean-François Copé s’il choisit la présidence de l’UMP mais pense également à la Mairie de Paris.

Le troisième gaillard à vouloir une part royale du gâteau laissé par Sarkozy n’est autre que Guillaume Peltier, un ancien de Philippe de Villiers, qui pense pouvoir surfer sur la vague « extrême-droite » pour créer un nouveau parti. Officiellement, « La France Populaire » n’est pas un nouveau parti mais un groupe au sein de l’UMP. C’est pratique pour Peltier et ça permet à l’UMP de faire croire qu’il est encore fédéré. Au-delà de la propagande, il s’agit bien d’une division supplémentaire. En gros, Peltier c’est la frange islamophobe de l’UMP, son arme c’est la manip par la peur, ce qui lui a valu une belle sortie d’Abd Al Malik en 2007

Front National vs Front de Gauche

Peu de politiciens m’ont davantage énervé que Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon pendant cette campagne. Ils parlent bien, c’est certain. Ils posent parfois des questions moins bêtes que les autres, c’est vrai. Mais c’est pour apporter leurs propres réponses sans prendre en compte celles des autres. Je pense toutefois que leurs motivations sont différentes.

Marine Le Pen est guidée par la peur, l’idéologie fasciste dans lequel elle a baigné tout au long de sa vie est fondée sur ce pouvoir. La Peur et la Force. Comment envisager après cela qu’elle puisse avoir une vision consensuelle du débat démocratique ? Pour elle comme pour beaucoup d’autres c’est un champ de bataille. Mais la différence réside en l’ennemi : son père se battait contre les étrangers, et si au passage il pouvait casser du coco il n’allait pas se gêner. MLP se bat contre le Front de Gauche, et si au passage ses ouailles veulent casser de l’étranger elle n’a pas le pouvoir de les en empêcher.

Jean-Luc Mélenchon est guidé par son ambition personnelle. Il a quitté le PS où il ne pouvait plus s’imposer pour monter son propre parti. Puis il a réutilisé et modernisé toutes les manœuvres de propagande qu’il avait contribué à construire au PS. Il l’admet lui-même. Et il a fédéré autour d’un ennemi commun. Il a fédéré en usant de la peur de la guerre, de la peur du FN et de la haine des riches et des banques, son Sheitan à lui. Il a instrumentalisé des idées comme la VIème République, fermant le débat dans le discours public. « Ah tu veux une nouvelle constitution, donc tu votes Mélenchon ? » TT

Conclusion

Comme je vous le disais. Du grand n’importe quoi. En attendant que ça évolue, continuons de prendre les querelles partisanes pour ce qu’elles sont réellement : un simple spectacle audiovisuel.

Hadopi, c’est maintenant!

Ca y est. La présidence de Nicolas Sarkozy n’est plus. La paix va revenir sur Internet, Hadopi va tomber. Le nouveau souverain l’a dit : le changement, c’est maintenant. C’est pourquoi la Haute autorité va elle aussi changer.

C’est un mot bien pratique, « changement ». Il n’implique pas une amélioration, il n’implique pas une évolution, il implique simplement que les choses vont changer. Et surtout que des gens, des vivants, des organiques, des citoyens en bref vont devoir mettre en œuvre ce changement.

Elle est là la quenelle. Qui s’en chargera ? Pour l’instant, une commission de concertation se met en place, encadrée par un responsable.

Le président de la République a choisi, ce sera Pierre Lescure, ancien patron de Canal +, connu pour être un « modéré » concernant la chasse au partage d’œuvres culturelles en ligne. Modéré ou pas, on peut reprocher à François Hollande de ne pas avoir choisi pour cette tâche un vrai spécialiste, et surtout quelqu’un de moins impliqué dans l’industrie culturelle. Quelqu’un, par exemple, qui ne serait pas membre du conseil de surveillance de Lagardère, ou impliqué dans l’industrie du bridage.

Des spécialistes en France il y en a. Ne serait-ce que la Quadrature du Net, cette organisation de défense des droits des internautes qui a pris position très tôt contre Hadopi et ses dérives, réelles ou potentielles. Ce sont eux qui ont lancé l’opération Black-out HADOPI, suivie par plus de 2 millions de pages du web hexagonal.

Mais voilà, en France, les élus ne font pas confiance aux spécialistes mais aux lobbys de l’Industrie du disque. Ils font confiance à des gens baignant en plein dans le conflit d’intérêt. Peut-on donc se permettre de douter de l’objectivité de ces conseillers ? Peut-on imaginer qu’il s’agisse de concurrence déloyale ?

Lorsque des employés de la haute autorité sortent des rapports bidonnés et incomplets pour démontrer l’efficacité de leur œuvre, le représentant tombe dans le panneau, bêtement.

Lorsqu’Hadopi annonce au législateur qu’effectivement, la politique en place depuis plusieurs années pour enrayer le partage d’œuvres culturelles en ligne est efficace, que le Peer-to-Peer recule et que, par-dessus le marché, la fermeture de Megaupload a également été bénéfique, on a envie de leur dire d’aller se faire voir chez les grecs. Bon, on évite, parce que la Grèce est déjà dans la merde et qu’elle n’a pas besoin d’héberger nos blaireaux. Mais on y pense très fort.

Reprenons depuis le début. Pour télécharger, il y a le peer-to-peer et le direct download. Au début, on utilisait Napster, Kazaa, Emule, Limewire, tout cela c’était du peer-to-peer, comprendre par-là que l’on télécharge directement d’utilisateur à utilisateur, depuis de nombreuses sources. Puis est arrivée Hadopi, et une grosse campagne médiatique pour vendre de la peur dans les chaumières et décourager les internautes de télécharger, leur expliquant que des centaines de « pirates » seraient attrapés chaque jour.

Face à cette crainte de se faire attraper en téléchargeant en peer-to-peer, de nombreux utilisateurs se sont tournés vers le direct download, et son fer de lance Megaupload. Vous voyez où je veux en venir ? Les sites de direct download ne seraient jamais devenus aussi puissants si le législateur n’avait pas fait la chasse au peer-to-peer, sous l’influence des dealers de copyrights (entendre par là les lobbys de l’industrie du disque, en particulier).

En théorie, télécharger via direct download, c’est tuer Internet à petit feu. Mais dans les faits, de nombreuses œuvres n’étaient pas disponibles (ou très peu seedés) sur les réseaux P2P et il était souvent utile de télécharger via Megaupload. En plus de ça, il suffisait d’attendre une minute pour pouvoir utiliser ce service gratuitement et même les offres payantes étaient plutôt réglos. En bref, Megaupload était un moindre mal.

En revanche, depuis que le FBI a décidé d’arrêter les employés du site et de censurer ce dernier avant même le début du procès, on a vu débarquer une tonne et demi de sites de merde, des sites de direct download qui profitent de manière éhontée de leur position, faisant attendre jusqu’à 600 secondes pour certains pour pouvoir télécharger gratuitement, proposant des offres hors de prix…

Là où Megaupload centralisait une bonne partie du direct download, avec des prix presque honnêtes et des conditions acceptables pour utiliser gratuitement le service, ses remplaçants profitent de leur position sans être inquiétés dans la mesure où leur multitude fait leur force. Le FBI n’a pas tué le téléchargement en arrêtant Megaupload, il s’est compliqué lui-même la tâche et a permis à de nombreux opportunistes de se partager la part de gâteau laissée par Megaupload. Des leaders d’opinion ont à l’époque applaudi la censure de Megaupload, démontrant qu’ils ne comprenaient rien à Internet. Et ce sont, encore, les utilisateurs qui se font pigeonner.

Revenons-en à Pierre Lescure. Le problème, à la limite, ce n’est même pas le conflit d’intérêt. La Vème République on la connaît, ça fonctionne comme ça. Copinage, Lobbyisme, Jeux d’influence, Thunes… Le vrai problème, c’est que les spécialistes ne sont pas écoutés. Si Hollande veut faire les choses bien, qu’il prenne en compte les avis des Internautes, d’organisations comme la Quadrature, de mouvements comme Anonymous ou Telecomix. En bref, qu’il écoute ceux qui construisent Internet jour après jour au lieu de donner trop de poids à ceux qui le musèlent.